Kapferer distingue deux lieux de diffusion du savoirhttp://todschaussures

http://www.chaussuresmagasins.comParu dans Technikart n° 34

Le lynchage électronique d’un étudiant de HEC et la fausse agression mortelle d’un contrôleur de la RATP nous rappellent que la rumeur est le plus vieux média du monde,chaussures pas cher. Mais nous prouvent qu’il est aussi le plus jeune,tods pas cher. Voyage au pays de l’info non vérifiée.

Printemps 1969: une folle rumeur se répand à Orléans. Dans six boutiques de mode tenues par des commerçants juifs,puma pas cher, des jeunes filles sont kidnappées et destinées à un trafic de traite des blanches. La rumeur nécessitera les démentis de la presse et de la mairie pour se dissoudre enfin,tods chaussures. Le sociologue Edgar Morin y consacrera un essai,Converse pas cher, la Rumeur d’Orléans (Points Essai),Louboutin pas cher, se demandant s’il ne s’agit pas «d’un des premiers abcès annonçant une crise générale de la Polis (la cité)?» Plus précisément: «N’y a-t-il pas dans nos sociétés modernes un nouveau Moyen Age qui s’avance?»

Printemps 1999: nous y sommes. En moins d’un mois,tods shoes online, ce nouveau Moyen Age a frappé par deux fois à nos oreilles,puma golf. Soit deux rumeurs: le dérapage cyberepistolaire d’un étudiant de HEC et l’agression mortelle d’un agent de la RATP. Via Internet dans le premier cas et le téléphone portable dans le second,tods soldes, des centaines de milliers de conversations s’en sont effarées ou délectées,tod’s femme. Un minidébat sur l’éthique du Net et une maxigrève des transports publics s’ensuivront. Seul souci: ces deux rumeurs sont fausses.

Les faits d’abord. Le 12mai, David Hirschmann, étudiant en troisième année de HEC envoie un e-mail à ses camarades de promotion pour se plaindre du cabinet de conseils Bain Cie, coupable de n’avoir pu lui proposer un rendez-vous compatible avec son emploi du temps. «Toutes les boîtes qui s’imaginent que les HEC sont à la merci de leurs recruteurs se mettent le doigt dans l’œil», écrit-il. Fatima, élève de première année, lui répond par un mail sentencieux, qu’elle croit bon devoir «forwarder» (réexpédier) à ses congénères: «Saches que la modestie est une qualité indispensable pour progresser tout au long de sa carrière,pum pas cher. (…) L’école devrait être plus vigilante pour éviter que des types de ton genre ternissent sa réputation.» Le 18mai, elle reçoit un e-mail injurieux portant l’en-tête de David: «Ne t’inquiète pas, ton image n’est pas ternie auprès de ces boîtes qui sont toujours à la recherche de gens comme toi, prêts à tout pour réussir. (…) Et rassure-toi, car dans quelques années,chaussures pas cher, quand tu auras la bouche pleine de sperme et l’anus en fleur,chaussures puma, toi aussi tu pourras répondre au téléphone et dire: “Eh bien tant pis, nous sommes désolés.”» Fatima, un peu vexée, envoie le mail à la ronde.

L’échange aurai pu en rester là,tods Femme. Il n’en est rien: en moins d’une semaine, il circule entre des dizaines de milliers d’internautes en entreprise, augmenté par les mails d’un cadre de Bain dénigrant David, de la direction de HEC affirmant qu’il «est introuvable et aurait quitté le pays» ou d’un cadre expatrié à New York se félicitant de sa mésaventure: «Tu t’es grillé pour longtemps avec un certain nombre de recruteurs.» Une page Internet – 25000 «hits» (visites) – se créée pour prolonger le débat,tod’s homme. Dans son édition du 28mai, Libération relate l’affaire et lui offre un écho national. Il sera vite suivi par une ribambelle de quotidiens et de magazines.

Problème: bien que dénonçant le martyr de David, aucun de ces journalistes ne prendra la peine de vérifier les informations. Seule la rédaction du site Internet Zdnet(1) flaire l’embrouille et enquête. Résultat: la fameuse «affaire David H» est un monstrueux canular. L’auteur du mail émanant de Bain n’existe pas. Le communiqué de HEC est un faux. Les chiffres de visite du site ont été artificiellement gonflés. Et il y a tout lieu de penser que David n’a pas écrit le second mail. N’importe qui a pu, depuis son propre PC et sans aucune connaissance technique, envoyer un e-mail signé par lui. Et les amis de David – qui le décrivent «obsédé comme bon nombre de HEC par sa recherche d’emploi mais fondamentalement gentil, chaleureux, accueillant» – ne l’imaginent pas s’exprimant de façon aussi odieuse,tods. «Je ne l’ai jamais entendu utiliser ce vocabulaire», nous confie l’un d’eux. Il n’empêche: lundi 14juin, un mail censé émaner du frère de David annonce son suicide. Intox. La rumeur passe aux aveux et, trahie, avoue sa mise à mort,tods chaussures.

Les rumeurs n’arrivent jamais par hasard: elles ne s’élancent que sur un imaginaire fertile,tods pas cher.

Le mardi 1er juin, station de métro Barbès: le contrôleur de la RATP Eric Douet fond sur deux Indiens vendant des fruits à la sauvette avant de s’écrouler, inanimé. Les Indiens détalent tandis que le collègue de Douet hurle à l’agression. L’information fait le tour des agents de la RATP par la grâce des téléphones portables. Deux heures plus tard,tods pas cher, une première grève éclate spontanément. Le mouvement se généralise le lendemain, paralysant le réseau entier. La rumeur est assurée: «Un contrôleur s’est fait agresser par des délinquants.» Elle est répercutée par les citadins qui, à pied, usent sans modération de leur 06 afin de prévenir de leur retard. Par rapport à décembre 1995 – où d’interminables files d’attentes se formaient autour de cabines téléphoniques – la situation est radicalement différente. Mercredi midi, plus aucun Parisien n’ignore la sale nouvelle. Déjà, pourtant, des informations émanant du médecin légiste, de la PJ et du procureur infirment la thèse de l’agression. Douet, décédé au bout de vingt-quatre heures, a été en fait victime d’une rupture d’anévrisme. Rien n’y fait: la rumeur tient bon. Lundi encore, lors des obsèques, les agents de la RATP accuseront les journalistes de mensonges.

Comme d’habitude, l’intelligentsia a, par son absence de réflexion ou d’enquête, traité avec mépris ces deux phénomènes de rumeur. C’est l’une des principales lois du genre: il y a vingt ans, Morin déplorait déjà cette indifférence coupable. On aurait tort pourtant de se désintéresser de «l’affaire David H» et de «l’agression d’Eric Douet». Car ces deux histoires ne nous en disent pas seulement long sur l’esprit du temps. Elles révèlent également un véritable basculement de la nature même de la rumeur.

Le mythe du cheval de Troie. «Parce qu’elle est spontanée et libre, la rumeur est un outil d’observation idéal des profondeurs de l’opinion en train de se faire», signale Jean-Noël Kapferer, professeur à HEC, consultant en communication et spécialiste mondial de la rumeur, dans son passionnant essai, Rumeurs (Points Essai). La rumeur est avant tout une formidable machine à fabriquer, actualiser et diffuser du mythe. En ce sens, on ne peut qu’être troublé par la concordance de deux histoires: dans les deux cas, il y a violence physique – réelle ou (sexuellement) symbolique – exercée par un métèque (juif ou indien) à l’encontre d’une victime au statut fragile: un contrôleur de la RATP et une femme d’origine arabe désireuse d’intégrer l’élite entrepreneuriale française (une entité triplement raciste et misogyne). Plus précisément, il s’agit d’une agression violente au sein même de l’entreprise, les victimes étant frappées dans l’exercice, actuel ou virtuel, de leur métier. Constat que l’on recoupera avec celui, accablant, que dresse le psy Christophe Dejours sur le monde du travail dans son essai Souffrance en France (Seuil) ou avec l’imprévisible succès du livre le Harcèlement moral, l’un des best-sellers de l’année.

Evoquant l’épidémie du sida, l’éditorialiste Gilles Tordjman notait dans l’une de ses chroniques (C’est déjà tout de suite, éd. CERA-nrs) que «peu de voix se sont élevées pour dire l’importance de ce à quoi la maladie s’attaque: précisément aux barrières immunitaires, aux mécanismes de défense que la physiologie organise pour combattre l’ennemi infectieux. Au-delà du drame personnel des malades, qui ne doit souffrir d’aucune interprétation, ce que la maladie a achevé, c’est l’intégrité du sujet, menacé par la plus infime bactérie, comme une ville dont les fortifications ne protégeraient plus rien. Ce n’est sans doute pas un hasard si le développement de l’hystérie xénophobe est strictement contemporaine de l’extension de l’épidémie.» Et pas non plus une coïncidence si la rumeur nous rapporte aujourd’hui le mythe d’un danger mortel dont l’entreprise ne protège plus, qui s’infiltre désormais à l’intérieur de ses murs. D’aucuns remarqueront une correspondance plus ancienne encore: le mythe grec, relaté par l’Illiade, du cheval de Troie. Structure archaïque, donc, mais modulée de façon inédite.

La vérité est ailleurs. Ces deux histoires ne déboulent donc pas par hasard: une rumeur ne s’élance que sur un imaginaire fertile. Et ses mécanismes révèlent un rapport à la vérité bien plus tordu que nous voulons l’imaginer. Dans les deux cas, nombre d’entre eux ont cru à ces rumeurs pourtant douteuses. En fait, nous en mourrions d’envie. Au-delà du mythe du cheval de Troie qui semble contaminer l’imaginaire social, «l’étudiant de HEC», c’est bien connu, est un individu particulièrement arrogant dont le rythme effréné de la prépa a censuré l’épanouissement de sa sexualité. De même, nul n’ignore que, le long des artères de Paris, déambulent de dangereuses cailleras. Celles-là même qui agressent les conducteurs de bus. L’intox dont nous avons été les victimes consentantes nous rappelle donc ceci: l’information est finalement très relative. Contrairement à ce qu’affirme la morale utilitariste et bourgeoise qui surplombe notre siècle, l’homme n’est pas une entité rationnelle et calculatrice. Il est rare que nous croyons à une information parce qu’elle est vraie. Nous le jugeons vraie parce que nous y croyons. Un lecteur de Libération n’accordera que peu de crédit à une info publiée par le Figaro, et inversement. Et lorsque nous lisons un journal nous supposons – sans preuve – que ses infos sont vérifiées. «Le savoir social repose sur la foi et non sur la preuve, explique Kapferer. Cela ne serait pas sans nous surprendre. Le plus bel exemple de rumeur n’est-il pas la religion? N’est-elle pas la propagation d’une parole attribuée à un Grand témoin initial?» La vérité ne repose que sur la confiance que nous voulons bien lui accorder.

Le come-back de la rumeur. Ce serait une erreur d’assimiler la rumeur à un résidu médiéval voué à disparaître avec la rationalisation croissante des moyens de communication. Tout se passe comme si la rumeur retrouvait aujourd’hui une nouvelle vigueur par la grâce des technologies les plus en pointe: Internet et le téléphone portable.

Selon Kapferer, la rumeur est un média complémentaire, parallèle aux mass médias et même suscitée par eux, puisque ces derniers «s’inscrivent dans une logique de communication descendante, de haut en bas, de ceux qui savent à ceux qui ne savent pas». La rumeur est le média de la base, ignoré du sommet. Du moins l’était. Car l’enseignement principal de «l’affaire David H» et de «l’agression Eric Douet», c’est justement l’étiolement des mass média au profit de multimédia où chacun est à la fois récepteur et émetteur.

Kapferer distingue deux lieux de diffusion du savoir: les médias – c’est une info – et le groupe – c’est la rumeur. Mais que se passe-t-il quand le médias est le groupe, à l’instar d’Internet? Il est frappant de constater que, à la différence de la «rumeur d’Orléans»,La Vérité est ailleurs, les deux affaires ont ici été alimentées par les institutions: c’est un article de Libération qui a amplifié «l’affaire David H» et c’est la direction de la RATP qui, une semaine durant, a cautionné la thèse de l’agression, allant même jusqu’à publier, le samedi 5juin, un faire-part dans Libération annonçant le décès de Douet «survenu à la suite de l’agression dont il a été victime au cours de son service». La rumeur s’inscrit désormais au centre même de la vie sociale.

Il s’agit ni de le déplorer ni de s’en réjouir. Rappelons cette évidence: une rumeur n’est ni vraie, ni fausse. Si elle se révèle fondée, elle se métamorphose en information. Si elle s’avère fausse elle disparaît. La rumeur est, tout simplement, une information non contrôlée, sauvage, libre. Condamner Internet au nom de la rumeur, c’est user la langue du pouvoir. Voilà pourquoi la rumeur résiste à l’entreprise de rationalisation: elle s’avère parfois vraie. Mais, plus avant, la principale raison d’être de la rumeur est de véhiculer des mythes nécessaires à la cohésion sociale. D’autant plus nécessaire aujourd’hui que les instances disciplinaire – l’Etat, l’école, la famille – s’effacent. Subrepticement, les mythes archaïques sont de retour, instillant non pas de l’«irrationnel», mais de l’«hyperrationnel». Brisant les certitudes d’antan au profit de l’image, de l’émotion, de l’instant présent. Kapferer qualifie pertinemment la rumeur de «plus vieux média du monde». Portée par les nouvelles technologies, elle s’improvise aussi comme le «plus jeune média». Pour le pire et le meilleur.http://pumpascher.chaussurespaschere.info

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